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Un regard ironique sur soi-même les choses et les gens plus recension de livres.

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"Une mort esthétique"

Littérature

P.D. James

“Une mort esthétique”

Fayard, 2009

 

            Dieu est témoin de l’admiration que j’éprouve pour l’œuvre de P.D. James. Ses romans policiers, nourris de considérations sur l’existence et la société s’élèvent au niveau de la littérature. Aussi je me réjouis de ce que la cour d’Angleterre ait eut idée, il y a peu, de l’honorer du titre de baronne. La baronne Phyllis Dorothy James. Où se trouve signifié ce que nous savions déjà : la violence, le sang, et la tradition ne sont pas les seules voies d’accès à la noblesse.

            J’ai néanmoins le regret de vous signaler que son dernier livre, qui paraît en français sous le beau titre d’“Une mort esthétique”, est loin d’être le meilleur qu’elle nous ait donné. Agée de 88 ans, la jeune baronne, cette fois, en fait trop. Je l’aimais sobre, concentrée. Plus discrète dans la façon de retenir l’attention du public. Or la baronne, en son dernier gros livre de 440 pages, n’y va pas avec le dos de la cuillère.

            On n’attrape pas, il est vrai, les mouches avec du vinaigre. Mais le simple inventaire des matériaux auxquels notre auteur a recours pour nourrir son livre en dit long sur la mesure qu’elle emploie pour attacher son lecteur.

            D’être emmené, –après des aperçus sur de vieux quartiers de Londres (vue sur la Tamise)– dans le Comté du Dorset où se trouve “la plus belle campagne d’Angleterre”, on y consent volontiers. D’y découvrir un vieux manoir du XVIIème siècle où est installée une clinique ultra moderne de chirurgie esthétique, cela ne manque ni de charme ni de pittoresque. Y ajouter, au bout de la lande, un cercle de mégalithes au milieu duquel, jadis, fût brûlée vive une jeune sorcière, était-ce indispensable ? Cette note “gothique”, surnuméraire, ne va-t-elle pas dévoyer l’intrigue ?

            Qu’un assassinat ait lieu (par strangulation d’une riche patiente dans son lit) la chose était requise. Que ce meurtre soit suivi d’un autre (celui-là par basculement d’un corps dans un congélateur) cela assurément donne froid dans le dos. Fallait-il y ajouter un suicide sanglant dans une chapelle médiévale, un viol marginal avec agression au couteau, enfin une tentative d’assassinat par le feu ?   

            Notre auteur de surcroît prend son temps, s’attarde, s’embourbe. Tout comme le font le célèbre inspecteur Dalgliesh, de Scotland Yard, et la chère Kate Biskin son adjointe. Et lorsque le mystère enfin s’éclaircit, le petit monde du manoir s’apaise et tout finit, comme dans les livres de nos grand’mères, par des mariages. Car on a que l’amour. C’est la philosophie du livre. (Peut-être le dernier mot de l’œuvre).

            La déception, je le reconnais, rend sévère. Ce livre, on s’en doute, est rempli de regards lucides sur notre société. De notations réfléchies sur les rapports entre humains, et d’un humour discret. Et puis, il y a des trouvailles. Savez-vous, par exemple, comment fut identifiée la Ford mystérieuse (celle d’un pasteur) immatriculée W 341 UDG ? Le jeune homme qui l’a repérée était mathématicien. Mentalement, il avait coutume de jouer avec les numéros d’immatriculation des voitures. “341”, avait-il remarqué, était “un nombre brillant”. Brillant se dit d’un nombre “qui possède deux facteurs premiers, 11 et 31. Si on les multiplie, on obtient 341.”. Brillant, non ?

            Phyllis Dorothée est une grande dame.
                                            o

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