Un regard ironique sur soi-même les choses et les gens plus recension de livres.
Littérature
Catherine Fradier
“Camino 999”
Editions Après la Lune, 2007
Vous êtes lové dans les mailles d’un hamac, sous le tilleul, a deux pas de la piscine, en Ardèche. Un p’tit polar à se mettre sous la dent. Pourquoi pas ? L’enquête vous a-t-on dit se déroule à Lyon. “Une ville qui ne se montre qu’à ceux qui l’aiment”. Vous aimez cette ville. Vous reniflez le livre. “La marque de fabrique de Catherine Fradier, est-il écrit, c’est de puiser sa matière dans les affaires et les faits réels.”. Un éloge ? La phrase d’Isabelle Mandraud, journaliste au Monde, est sibylline. Et voici qu’un papillon s’échappe du volume. Un léger rectangle de papier imprimé. C’est une protestation de l’Opus Dei. L’organisation dénie toute complicité dans l’affaire criminelle qui inspire le roman. Vous détenez votre lecture de vacance.
“- Quels cons ces Ricains !”. La phrase inaugurale du livre. Le langage ordinaire des flics. On veut bien. Et d’emblée les éléments attendus de couleur locale : Le Progrès, l’O.L., Benzéma, l’Equipe. La première page commence mal. Les amoureux de Lyon, en outre, seront déçus. De la ville, ils ne retrouveront que des noms : La Croix-Rousse, Bellecour, les Terreaux. Avec des erreurs. Qui connaît la cité ne dit pas le cimetière de La Loyasse (où je veux être enterré). Mais le cimetière de Loyasse. L’auteur ne connaît de la ville que le plan. Lyon, non intimement aimé, ne se montre pas. Catherine ne décrit pas. Ne s’attarde pas à peindre comme le fait P.D. James. Elle cavale. Tout comme le font ses personnages. Nos réserves s’arrêtent là.
La marque de fabrique de Catherine F., c’est le style. Ses dialogues claquent comme des coups de pistolet 6/35. Ils ne manquent jamais leur cible. (Elle rédigea le scénario du film “Un poison nommé Rwanda”). Catherine est un écrivain. Elle nous introduit finement chez les Montalban. Là, on dirait qu’elle connaît. Une grande famille lyonnaise, catho en diable, qui réussit dans les affaires et la phynance. Parmi eux, un oncle dévoyé, franchement mafieux, suspect de financer l’Opus Dei. Il y du sang, des scènes de haute cruauté. Carla, qui conduit l’enquête, est elle-même une Montalban. Plutôt que de faire l’ENA, elle préféra entrer dans la police. Elle va devoir choisir son camp. Assumer son passé.
Un livre poignant, je le recommande.
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