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Un regard ironique sur soi-même les choses et les gens plus recension de livres.

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Boltanski, la religion

                                                                                                                                          Religion

 

Boltanski, la religion

 

            Boltanski, vous connaissez ? Moi peu. L’homme passe cependant pour être l’un de nos grands plasticiens. Vous n’imaginez pas ce qu’il trame, aux quatre coins du monde. “Mon activité, explique-t-il, est de poser des questions avec des formes” (avec des choses). En quoi il définit parfaitement ce qui se nomme l’art contemporain. En décembre, il sera le troisième invité à exposer au Grand Palais, dans le cadre du programme Monumenta. Son œuvre en tant qu’art –ce que j’en sais de loin ou par ouie dire, m’intéresse médiocrement. Sauf qu’elle semble en cohérence totale (et ce n’est pas rien) avec sa pensée. A mes yeux, cela suffit à faire un homme grand.

            Né d’une mère catholique, élevé dans le christianisme, il est né aussi d’un père juif qui dût vivre caché, et échappa de peu à la Shoah. On comprend que l’homme ait un compte à régler avec le Bon Dieu. L’Etre divin, s’il existe, ne s’intéresse pas selon lui aux humains. “L’image de Dieu pour moi, dit-il, c’est le temps. Et l’homme ne peut lutter contre le temps.” “Etre humain, c’est lutter contre ce destin, qui à la fin nous a.

            Cette conception personnelle, Christian Boltanski la prête à Jésus. “Ce que je retiens du christianisme est la lutte du Christ contre Dieu. Il perd parce qu’il ne peut que perdre et meurt sur la croix.” Interprétée ainsi, par projection, la geste du Christ prend un sens inédit et témoigne, chez Boltanski, d’une audace de pensée. Notre plasticien néanmoins a mal lu l’évangile. Il est en effet patent, même aux yeux d’un incroyant, que Jésus ne luttait pas contre Dieu.

            Le Galiléen, tout au contraire, voulait sauver Dieu. Du moins l’idée de Dieu. La sauver de la religion. Lui donner un visage humain. Prêcher un Dieu façonné, dirais-je, à l’image de l’homme. A l’image d’un Père bon, qui demande aux humains pardon, en leur offrant son fils en sacrifice. Vous suivez ? Nietzsche déjà professait cette opinion : C’est à Dieu de demander pardon. Cela donne en revanche un dieu trop humain, qui perd sa divinité. Jésus serait ainsi, à son insu un précurseur de l’athéisme moderne.

            Et du coup, Christian Boltanski pourrait avoir raison : Jésus, inconsciemment, luttait contre Dieu. Certains diraient contre le père.

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