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Un regard ironique sur soi-même les choses et les gens plus recension de livres.

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"Eloge du risque"

Psychanalyse

Anne Dufourmantelle

Eloge du risque

Manuels Payot, 2011

 

            Sanglé dans sa jaquette bleu azur, ce livre affiche un air “petit frère des pauvres” auquel il ne faut pas se fier. On se montrera plutôt attentif au titre : “Eloge du risque”, imprimé en caractères minuscules mais en lettres de sang. Ne pas se laisser rebuter non plus, en parcourant des yeux la table des matières, par des intitulés qu’on s’attendrait à trouver dans les pages d’un magazine de mode ou de divertissement : “La prophétie intime”, “Adieu au monde magique”, ou : “Que cessent nos tourments”. En général, les titres de chapitres annoncent un programme plus casse-cou : “Rompre”, “Ne plus espérer”, “Quitter sa famille”, “Au risque d’être charnel”. Ainsi n’est-on point là pour s’octroyer de futiles consolations. Ce livre est un livre d’heures.

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Il se compose de méditations de quatre ou cinq pages, pas plus, où se trouve envisagé (si l’on aspire à quitter l’enclos de sa propre névrose) la part de risque qui se loge dans la plupart des actes de la vie psychique : agir, dire, rire, dormir, rêver, se souvenir, croire, perdre, désirer, aimer, …etc., une cinquantaine d’actes vitaux. A raison d’un bon quart d’heure matin, midi et soir et, en cas d’extrême avidité dans la journée et l’intimité des toilettes, vous avez là l’occasion de vous offrir l’aliment d’un substantiel ressourcement personnel. L’effet de lecture est en effet esthétique et tonique. Car l’auteur, Anne D., ne se contente pas de posséder une plume et de s’accorder (un peu trop souvent) l’élégance conceptuelle d’un phrasé sibyllin. La dame faut-il dire est philosophe mais avant tout, et par bonheur, psychanalyste. Les récits cliniques qu’elle rapporte en quelques mots comportent des phrases inoubliables. Ainsi, l’homme, son patient, du fait d’un accident d’auto est devenu totalement amnésique. Sa femme, elle, a été tuée. “La femme qu’il aimait”, précise l’auteur. Qui ajoute sobrement “lui a t-on dit”. Brèves, ses interventions font preuve d’une belle intuition thérapeutique –quand la philosophe, qui toujours trop en dit, ne vient pas malheureusement s’en mêler. En somme, la différence opératoire de ces deux discours pourrait constituer l’un des grands intérêts de ce livre, par ailleurs audacieusement subversif. Quelques phrases pour conclure, relevées pour vous en témoignent :

                                 Comprendre, c’est parfois faire insulte à l’intelligence.”

                             On n’a pas le droit d’exiger qu’une promesse soit tenue.”

                            Renoncer à souffrir demande beaucoup de courage.”

                            L’espoir est une étrange drogue.”

                             Le monde qui vient aura la langue que produiront nos nouveaux objets.”

                            Nous sommes les soldats perdus d’une cause oubliée

                                                Celle de l’enfance.”

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