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Un regard ironique sur soi-même les choses et les gens plus recension de livres.

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"Immobile dans le courant du fleuve"

                                                                                                                                     Littérature

Yves Berger

“Immobile dans le courant du fleuve”

Grasset, 1984

             Je relis rarement un livre. Je me différencie en cela de Carla. Quand Carla aime elle relit. Sans en avertir le monde. Par simple dilection. Comme on offre à soi-même une fleur que personne ne verra. Du contenu de l’ouvrage, Carla de surcroît retient tout. La date de naissance de la grand’mère de l’héroïne décédée des suites d’une indigestion en 23.

            Je ne retiens rien. Le nom de l’écrivain seulement. Le titre du livre. Une couleur. Une image. Un parfum. Un climat. En somme un souvenir vague, mais précis, pérenne. Identifiable entre tous. Il peut s’intituler Le Rivages des Syrtes, Le Désert des Tartares, A l’Est d’Eden. De ma relecture je fais alors grand tapage. L’univers doit en avoir connaissance. Carla est une hirondelle. Je suis un oiseau croassant dans le pré, qui se pare volontiers de la plume du paon.

            “Immobile dans le courant du fleuve”. Je viens de relire ce livre d’Yves Berger. Un titre fabuleux. En trois mots une philosophie. Une position contemplative devant l’existence. Le héros pourtant –une dégaine à la Clint Eastwood, le feutre au ras du regard– chevauche beaucoup et longtemps. “Il s’appelle Oregon. Le cheval –un appaloosa- Appaloosa.” (Une pouliche indienne, marbrée de blanc, dont il parle la langue). Le cavalier, bien sûr, fait corps avec la bête (image du Centaure) et s’aventure vers le Nord. Pénètre dans la nouveauté d’un territoire laissé blanc sur la carte. Une Terre vierge.

            Comme au commencement du monde, l’homme nomme les choses. Une à une. Les sites, les fleurs, les rochers, les oiseaux. La langue d’Yves Berger est savante et superbe. Un bonheur de vocabulaire, de rocaille, de rostre et de caracole. Cela dure 60 pages. Les pages dont le charme demeurait actif dans mon souvenir.

            Les choses se gâtent lorsqu’Oregon, du haut de la montagne, découvre le village. Un bourg rural avec son maire le jour du marché. Etrangement semblable à ceux que l’on rencontre au fond du Massif Central. Le rêve de l’aventurier va-t-il se fracasser ? Ce pays était pour lui une Terre nouvelle. Son Nouveau Nouveau monde (se dit-on) serait-il seulement un haut plateau des Causses ?

            A la fiction que l’auteur prête à son personnage se substitue, en abyme, la fiction que le personnage invente pour lui-même. Sa Terre nouvelle, philosophe-t-il, “n’existe qu’à ne pas exister”. Du moins n’existe“que pour lui seul”… Face au réel prosaïque et têtu, chacun d’entre nous n’invente-t-il pas, plus ou moins, sa propre vision du monde ?

            Un livre de pure littérature. Qui enchante durablement chez le lecteur une zone de la mémoire.                              
                                                             
                       
                                             o
       
    

                                                                                                                                                                                                          

 

 

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L
Ca donne vraiment envie de le lire !<br /> Affectueusement,
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