Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Un regard ironique sur soi-même les choses et les gens plus recension de livres.

Publicité

Le petit bol chinois

 

                                                                                                                                     Société

 

Le petit bol chinois

             Poli, silencieux, le petit bol chinois est là pour vous servir. Sa peau de porcelaine est luisante. Il est vêtu de blanc. Une collerette bleue, toute simple, lui orne le cou. Lui donne un air bien élevé, gentil. Est-ce un jeune homme sage ? Une soubrette impubère ? Le petit bol chinois est sans âge. Sans sexe. Sans imagination non plus. Il ne vieillit pas. Il ressemble comme deux gouttes d’eau à ses frères. Ses clones. Ils sont des millions. Le petit bol chinois est éternel.

            Quand parut-il dans nos cuisines ? Quand nous accompagna-t-il en voyage, en randonnée, en camping ? A l’avènement du Président Mao, le Grand Timonier ? Nul ne saurait le dire. Il est là. On ne l’a pas vu venir.

            A peine, du reste, semble-t-il chinois. Si ce n’est le motif transparent, disposé en étoiles, qui lui entoure discrètement le flanc. Des grains de riz, dit-on. Encore faut-il avoir l’œil pour le remarquer. Quant à la grosse marguerite du même bleu, entouré de courbes qui rebiquent (au fond de sa cavité), ce n’est pas elle qui lui confère un cachet que l’on puisse dire typiquement Ming. Non, le petit bol chinois n’affiche pas volontiers ses origines. Ce n’est qu’en le retournant, en observant son petit cul tout rond, que l’on découvre écrit en grosses lettres : MADE  IN CHINA. Ce petit bol se veut universel. Il est l’Objet par excellence. Sobre, juste, utile. Et vous ne pouvez qu’admirer sa grâce. Sa rondeur parfaite. Apprécier au creux de votre main sa forme de jeune sein, abandonné, sans âme. “Fais de moi ce que tu veux, semble-t-il dire. Y compris me porter à tes lèvres. Je suis conçu pour ça. Je suis ton objet.” Un rêve.

            Ne le croyez pas pour autant insensible. Tapotez-le, du doigt, de l’ongle. Il tinte. Il chante. C’est alors pour vous le Nirvana. On est loin du mug irlandais rustaud, ce cylindre pesant, dont le bord nous détériore le nez lorsque nous buvons. Loin du bol campagnard de mère-grand, qui appelle le café au lait et la dégoulinante tartine de beurre. Tout comme on est loin de la petite tasse à café diaphane, servie au salon, qui exige la flexion d’un petit doigt crochu. Non, rien de rustre, de précieux ou de vindicatif dans le petit bol bleu chinois. Discrètement il est là, ni avare ni vorace. Avec lui la Chine.

                                                      "Avec ou sans sucre ?”
                                        
                   
                                        o

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article