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Un regard ironique sur soi-même les choses et les gens plus recension de livres.

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Portrait de groupe avec dames

                                                                                    Société

Portrait de groupe avec dames

             Le Cercle des philosophes perdus du Vaucluse, fondé il y a sept ans, se réunit une fois par trimestre. Ses membres, hommes et femmes, possèdent en commun trois choses. D’abord, à l’exemple du train qui s’arrête à Orange (en direction de la Mer) : un penchant sur la gauche. Ensuite, un désir de comprendre un peu mieux ce qu’ils vivent. Ils cultivent, enfin, une marque distinctive. En quoi ils ressemblent à tous des humains.

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            Ce soir de décembre, ils surgissent en foule. Pas un ne manque à l’appel. Ils sont, tout compte fait, au nombre de neuf. Dans un vaste salon Christophe les accueille. C’est son tour. Chemise ouverte, cheveux mi-longs, ce grand jeune homme cinquantenaire est médecin. Il reçoit ses hôtes en pantoufles. Il abomine toutes les formes de pouvoir. Y compris le pouvoir médical. Il connaît Proudhon. Se voudrait anarchiste. Un anarchiste radical mais sans bombe. Il s’affirme non violent. C’est un pur. S’il ouvre un jour l’évangile (qu’il n’a jamais lu) on craint qu’il ne devienne chrétien. Qu’il ne s’enferme pour toujours dans la solitude d’un couvent. Solange, son épouse, a le regard d’un ange. Un ange étonné. La fine mouche, toutefois, veille au grain. Si elle n’était biologiste, on lui donnerait, à elle aussi, le Bon Dieu sans confession. Eléonore, juchée sur ses hauts talons, est un grand mannequin peul aux cheveux de blé, coupés court. Elle vient juste de quitter, dirait-on, le podium d’un couturier parisien. Philosophe dans l’âme, elle ne lit aucun livre. Exception faite des romans de San Antonio. A juste titre, elle en aime l’écriture. La majeure partie de son temps elle se tient, façon zen, auprès d’une bougie allumée. Elle médite. A travers la baie, elle écoute l’âme du monde. Elle est l’initiatrice du Cercle, sa coordinatrice, son égérie. Une fois le débat engagé, elle s’esquive et va, discrètement, se rouler un joint. Claudin, le doux, est son compagnon silencieux. Ingénieur de formation, il a construit des usines. En Norvège, en Roumanie, en Orient, au Sahara. Livrées clé en main. Il s’est adonné récemment à l’artisanat. La sculpture sur bois. Les monstres superbes qu’il façonne ont une denture terrifiante. Il rêve lui-même de se mettre un jour en colère. Pour l’heure, il est l’homme que l’on consulte sur des questions précises. Il vous déchiffre aussitôt l’algorithme R = 1/C, inscrit, (allez savoir pourquoi) sur le tableau placé dans l’immense cuisine. Pièce dans laquelle s’affaire Solange qui surveille, d’un œil, la cuisson d’un gigot. (Après le travail de pensée, la nourriture des corps.)

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Ces quatre personnages forment le groupe des parisiens. Les cinq autres   s’apparentent plutôt au club plus nombreux des lyonnais.

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            Martin est un gros nounours finaud au cœur tendre, chaussé de baskets fleuris. Il fait commerce de conseils en informatique. Il pleurait l’autre jour dans les bras d’une très vieille dame. La bonne cliente lui avait confié ses espoirs et aussi ses tourments. Où et quand a-t-il appris tout ce qu’il sait ? Il trahit une vive inclination pour l’œuvre de Carl Jung et la pensée orientale. La vie à ses yeux est un songe. Il joue de plus de la guitare et du piano et connaît la chanson. L’homme disposait d’arguments pour séduire Doulma. Doulma est une vahiné griffue qui aime la littérature et réussit dans la photographie. Aux gros toutous que nous sommes, elle rappelle la chatte tigrée qu’ils ont naguère beaucoup aimée. Ses interventions ponctuelles modèrent une tendance du collectif à la turbulence et à la facétie. Elle contribue à maintenir dans le travail du groupe un esprit de sérieux. Ce n’est pas tout à fait le cas de Carla, venue emmitouflée dans sa houppelande, celle-ci assortie à la couleur des ses souliers verts. Son rire, bien que toujours fraternel, est chaque fois le premier à jaillir. Et au motif que le vin a du fruit, elle est toujours la dernière à reculer son verre. Arnold, dit le marquis, est la personne qui accompagne Carla. Saucissonné dans son imper kaki, le cou au chaud dans un chèche de broussard, il semble un bourlingueur mité, rentrant bredouille d’une chasse au canard. Dans la dynamique du groupe son apport essentiel semble-t-il est la grogne. Voire la bouderie lorsqu’avec retard le symposium commence. Le groupe en son entier est-il à l’heure, ce soir ? Vautré dans ses profonds sofas, il se trouve effectivement au complet à 18 heures sonnantes lorsque, dans l’encadrement de la porte, apparaît Edmond. Piercing à l’oreille, une barbiche de bouc à la pointe du menton, son visage blême domine sa haute stature. Le personnage sort d’un western de Sergio Leone. Tandis qu’il s’avance à pas lents, son long manteau noir rase le sol, laissant apercevoir ses bottes plantées de clous. L’homme manifestement est sans arme. Sa longue carabine à canon rayé, sans doute l’a-t-il déposée au vestiaire. Le geste d’un gentleman. Edmond est un revenant. Il s’est absenté du Cercle quelque temps, histoire de régler de façon radicale une affaire épineuse dans l’Ouest. Ce justicier est le plus doux des hommes. Après avoir quitté la direction d’un hypermarché, puis devenu célibataire, il réalise aujourd’hui ce que beaucoup d’hommes trahissent : un rêve de jeunesse. Et comme la matérielle doit être assurée, il fait commerce, tout comme Martin, de conseils en informatique. Le plus souvent à distance.

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            “Qu’est-ce que le virtuel ?’ C’est le sujet du jour. Christophe, le médecin, avec brio l’introduit. On n’aura pas ici les termes de l’échange. (J’en ai retenu personnellement que le virtuel, comme l’imaginaire et le symbolique, est pour les humains une modalité du réel). Le peintre qui s’exerce au portrait d’un groupe ne peint pas les paroles. Il lui faudrait, comme dans la bande dessinée, faire des bulles. Vous imaginez le tableau ? Ici les figures, sur la toile, sont des figures sur la toile. Toute ressemblance avec des êtres connus, pour être une chance, serait  purement fortuite. –Trouvez vous le portrait ressemblant ?
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L
Ma parole, mais il manque Olga !!!!
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