Un regard ironique sur soi-même les choses et les gens plus recension de livres.
Littérature
William Golding
« Sa Majesté des Mouches »
Gallimard, 1974
Une île déserte au cœur du Pacifique. Un groupe d’enfants âgés de six à treize ans s’y trouve abandonné. Vont-ils survivre ? Tirer profit de ce qu’ils ont retenu de la civilisation ? Se donner des rites et des lois ? Ou régresser à l’état sauvage ? Ce roman d’aventure devrait plaire aux petits comme aux grands. Il est de plus l’occasion d’explorer une question théorique, elle-même aventureuse.
Etant donné ce qu’il sait de la condition humaine (et l’auteur sûrement a lu Hobbes : « L’homme est un loup pour l’homme ») –l’auteur tente de se représenter comment les choses se sont passées aux commencements de l’humanité. La Bible déjà s’y était essayé. Jusqu’à imaginer le meurtre de Caïn. Freud lui-même, dans « Totem et Tabou », jusqu’à postuler le meurtre du père. Le père de la horde primitive. C’est le sujet de prédilection de toutes les mythologies et de la mythologie grecque.
Pour être ambitieux, le projet de William Golding (Prix Nobel de Littérature en 1989) se révèle pourtant décevant. Son champ d’observation fictif est singulièrement limité. Pas de filles. Sont mis en scène seulement des garçons. Et des garçons asexués. Combien sont-ils ? Le périmètre de leur groupe est flou, indéterminé. Nombre de situations concrètes sont dépourvues de vraisemblance. Laissent peu de place aux multiples drames que connaît l’enfance. L’écriture elle-même est ingrate, vieillotte, bourrée d’adjectifs. Le récit, dans son ensemble, progresse par à-coups, brise le mouvement de la lecture. Enfin l’auteur recule devant le dénouement logique de son histoire. Sauve in extremis et par miracle le bon héros, blond aux yeux bleus. La fin inévitable eût été trop triste.
Publié par un jeune écrivain âgé de 40 ans, ce livre semble l’ouvrage d’un grand-père, écrit pour ses petits-enfants. Je me montre sévère. J’en attendais trop. Il y a de belles pages, des scènes saisissantes : La tête d’un cochon mort érigée en totem au bout d’un pique ; le corps d’un parachutiste mort qui respire sous le vent ; le son d’une conque marine ; des paysages. Et il y a tout de même matière à penser. L’idée dominante est que l’humanité ne survit qu’à dépasser la séduction du présent pour envisager l’avenir.
A sa parution, en 1954, le livre a été boudé. Puis connut un succès mondial. Peter Brook en tira un film que l’on a dit bon. Un livre, précise l’éditeur, à lire à partir de 12 ans.
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