Un regard ironique sur soi-même les choses et les gens plus recension de livres.
Psychologie
Jean-Michel Oughourlian
"Genèse du désir"
Carnetsnord, 2007
Voulez-vous lire un livre utile ? Un livre simple, mais qui donne une clé pour comprendre ? Comprendre ce qui se passe –souvent mal– entre vous et les autres (personnes proches, collaborateurs, supérieurs hiérarchiques) ? En somme comprendre mieux ce qui se joue, de façon universelle, entre les gens, les peuples, et pour une large part à leur insu ?
Lisez la “Genèse du désir”. Un livre accessible à tous, proche du manuel, que nous donne aujourd’hui Jean-Michel Oughourlian. Cet auteur, neuropsychiatre expérimenté, est un ancien familier de René Girard, à qui il emprunte la théorie du désir mimétique. Ce thérapeute est un pédagogue. Adversaire de l’emphase. Des effets de sidération que se plaisent à produire trop souvent nos théoriciens. Lacan ne parlait pas pour être compris. Il parlait pour être entendu. C’était son mode opératoire. J.M. Oughourlian écrit pour être compris. Et son premier soin est d’énoncer sa pensée clairement.
Son essai, toutefois, est à lire avec attention. Et même la plume à la main. Car le propos est grave. Qu’est-ce qui nous fait courir ? Qu’est ce qui pousse les humains à en désirer toujours davantage ? A se jalouser ? Se concurrencer ? Selon quel “mécanisme” se déploie l’énergie qui les meut, et souvent les enrage, jusqu’à la folie ?
Le modèle théorique de J.M. Oughourlian (je l’ai regardé de près) a ses limites. A récuser, en écho avec l’esprit du temps, une certaine permanence du moi ; à occulter le fait d’une incomplétude originaire ; à nier l’existence d’un désir autonome du sujet, le montage systémique de l’auteur se révèle réducteur. Le prive de rendre compte de toutes les dimensions du phénomène humain du désir. Son étude porte moins sur la genèse que sur le comment, ou le cheminement du désir. Ne s’attache en somme qu’à l’examen de sa dérive pathologique.
Son éclairage n’en est pas moins profitable à quiconque n’est pas, comme vous et moi, profondément psychotique. Je le dis d’expérience : la lecture de cet ouvrage m’a permis personnellement de dissiper un étrange malaise. De démasquer le fait d’une situation maléfique, laquelle exacerbait stupidement ma relation à un homme estimable (je ne pouvais plus le voir en peinture). Ainsi peut-on se débarrasser d’une répulsion imbécile. Et recommander la lecture de ce livre à ceux à qui l’ont veut du bien.
o